La longue saignée des enseignant•es

A tous et toutes les maitre-assistant·es de haute école pégagogique de la F.W.B., 

Nous sommes maitres-assistantes à l'EPHEC Education (ex-ISPG-GALILEE). Si vous partagez notre fatigue et notre inquiétude pour l'école de demain, nous vous proposons de lire la carte blanche ci-dessous. Si elle vous convient, pourriez-vous la diffuser largement  auprès de vos collègues et la signer avant le 15 avril? 

D'aucun·es pourraient souhaiter des demandes plus ciblées mais il s'agit avant tout d'un cri d'alarme. 

Nous souhaitons publier ce texte le plus tôt possible dans les journaux francophones Le Soir et La Libre mais avant cela, pour la porter, nous avons besoin de recueillir un nombre conséquent de signatures (celles-ci seront rendues publiques).

Merci déjà pour votre lecture et votre soutien. 

Voici le texte destiné à la presse : 

La longue saignée des enseignant·es   

Madame la Ministre de l'enseignement obligatoire,  Madame la Ministre de l'enseignement supérieur,  Chers citoyens, chères citoyennes,    

Si le métier d’enseignant·es était réellement ce métier de planqué·es, confortable, bien payé et généreux en congés que l’on décrit parfois, nos auditoires devraient être pleins à craquer.  Or ils se vident drastiquement et les écoles peinent à recruter et à garder leurs enseignant·es.  

Pourquoi ?  

Nous, formateurs et formatrices des enseignant·es de demain, avons cherché à comprendre ce qui nous arrive. Nous souhaitons partager avec vous notre vive inquiétude pour l'avenir de l'école, celle de nos enfants et de nos petits-enfants.  

Les dernières décisions — et indécisions — de nos responsables politiques ont accentué les effets de l’accumulation de réformes, d’injonctions multiples auxquelles nous devons sans cesse nous adapter depuis plus de dix ans. Elles pèsent lourdement sur le quotidien de nos équipes, complexifient notre travail et brouillent le sens de nos missions. 

Les hautes écoles pédagogiques dépendent du ministère de l’enseignement supérieur en fédération Wallonie-Bruxelles, mais elles forment les enseignant.es  qui se destinent à l’enseignement obligatoire. Nous subissons donc directement l’impact des décisions prises à ces deux niveaux de pouvoir, que nous devons traduire concrètement dans les formations que nous dispensons.  

Depuis 2014, notre secteur est pris dans une succession et juxtaposition de réformes majeures.  

Tout d’abord, une refonte complète de l’enseignement supérieur (décret Paysage) qui a généré un énorme travail de réorganisation du parcours des étudiant·es qui doivent valider des unités d’enseignement. Des révisions successives ont eu lieu jusqu’en 2021.  

En parallèle commencent les premières concertations entre le politique et le terrain pour imaginer le Pacte pour un Enseignement d’excellence dont l’objectif louable est le renforcement de la qualité de l’enseignement obligatoire. Un projet ambitieux pensé sur du long terme au-delà d’un mandat politique. 

Après des années de construction, de nouveaux référentiels ont vu le jour, impliquant l’adaptation de l’ensemble des contenus enseignés aux élèves de l’enseignement obligatoire et par conséquent aux futur·es  enseignant·es. L’ampleur de la tâche pour l’ensemble du secteur est énorme.  

Enfin, en 2019, la réforme de la formation initiale des enseignant·es (RFIE) transforme et allonge le cursus de 3 à 4 ans. Elle impose une innovation importante : la collaboration étroite entre hautes écoles et universités. Cette nouvelle organisation a été construite par nos équipes pendant plusieurs années.   

Chacune de ces réformes, prise isolément, se justifie. Mais leur accumulation, leur chevauchement et leur manque de coordination ont généré une charge de travail considérable pour les équipes enseignantes, les directions et le personnel administratif ; charge non reconnue ni valorisée et rarement accompagnée des moyens nécessaires à la mise en œuvre sereine des transformations escomptées.  

Aujourd’hui encore, certaines de ces réformes restent inachevées ou incertaines dans leur concrétisation. Le gouvernement actuel a remis en cause l’implémentation programmée du Pacte en troisième secondaire. Aussi, à l’heure d’écrire ces lignes, le décret nécessaire aux directions pour organiser la mise en œuvre du Pacte en première secondaire en août 2026 n’a toujours pas été voté !  Quel mépris surréaliste pour l’ensemble du secteur de devoir s’organiser en si peu de temps ! 

La réforme de la formation initiale des enseignant·es avait pour ambition d’améliorer la qualité de la formation et c’est encore ce vers quoi nous travaillons avec acharnement.  Mais elle devait aussi s’accompagner d’une revalorisation du métier et d’un travail sur son attractivité. Cette dimension essentielle est restée lettre morte. Résultat : la baisse du nombre de candidat·es, observée depuis une dizaine d’années, ne s’est pas inversée — mais fort accentuée !  

Cet état de fait entraine un cercle vicieux.   

La baisse d’étudiant·es entraine une baisse du financement global des hautes écoles pédagogiques (partiellement gelé encore pour deux ans) qui génère déjà la fermeture de certaines d’entre elles, des contrats qui ne seront pas renouvelés, et potentiellement des fermetures de sections du secondaire. Ceci implique, une fois encore, une réorganisation des cours et des équipes, et engendre épuisement, perte de sens et démotivation chez les formateurs et formatrices d’enseignant·es. Cette situation impacte la formation : une quantité non négligeable d’étudiant·es se réorientent. De leur côté aussi commence à poindre une baisse de motivation à l’idée de voir leurs professeur·es perdre leur emploi ou disparaitre pour cause de burn-out. 

Si nos auditoires se vident, qui sera dans les classes demain ?  

Malgré les difficultés financières dont nous avons bien conscience, nous demandons à ce gouvernement de rendre, d’urgence, nos conditions de travail décentes pour exercer correctement notre métier. 

Cela doit passer, en priorité :  

- par une meilleure prise en compte des effets des décisions prises dans l’enseignement obligatoire sur la formation initiale — et inversement ;  

- par du respect et de l’écoute, en cessant l’enchaînement des réformes à chaque changement de majorité et en freinant la bureaucratisation de l’enseignement  qui engendre un nombre considérable d’heures supplémentaires, totalement invisibilisées; 

- et enfin par des politiques ambitieuses qui donnent envie de s’engager dans ce métier et d’y rester.  

Cela nous permettrait de retrouver du sens à exercer ce métier qui nous passionnait. 

La pénurie d’enseignant·es n’est ni une fatalité ni un accident. Elle est le résultat de choix politiques. Il est temps d’inverser la tendance…  

Laurence Bregentzer, Caroline Joway, Barbara Menier, Nathalie Zuyderhoff, maîtres-assistantes (Ephec Éducation) 

 

 


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