Sauver l’École : pas en épuisant les enseignants !

Contacter l'auteur de la pétition

« Pourquoi la Fédération Wallonie-Bruxelles n’objectivise-t-elle pas la charge réelle de travail des enseignants francophones du degré supérieur, alors même qu’elle décide d’en augmenter le temps de travail, dans un métier pénible et en forte pénurie ? »

2026-01-30 15:09:53

Chers co-signataires

Le Soir a consacré cette semaine un article ainsi qu’un épisode de podcast à la question suivante :
 
« Pourquoi la Fédération Wallonie-Bruxelles n’objectivise-t-elle pas la charge réelle de travail des enseignants francophones du degré supérieur, alors même qu’elle décide d’en augmenter le temps de travail, dans un métier pénible et en forte pénurie ? »
 
Le traitement est très documenté et reprend les différents éléments du débat (positions politiques, données disponibles, éclairages de chercheurs).
 
Vous trouverez ci-dessous les liens vers les ressources en ligne (article + podcast) 🙂.
 
 
À noter que la version papier est légèrement plus courte : le dernier passage (analyse de Sandrine Lothaire) figure uniquement dans la version en ligne : « Pour Sandrine Lothaire, une dimension symbolique intervient également. « Il existe une hiérarchie implicite entre les niveaux. Les enseignants du secondaire supérieur sont des enseignants universitaires, ce qui n’est pas encore le cas des autres (le passage de la formation de trois à quatre ans conduira à une co-diplomation, NDLR). Ils enseignent des contenus disciplinaires d’un plus haut niveau, ce qui peut nécessiter des temps de correction plus long. Si le politique voulait rétablir un équilibre, il aurait toutefois pu réduire la charge du degré inférieur, au lieu d’augmenter celle du degré supérieur ». Quant à la portée pédagogique, la chercheuse conclut que « les pays considérés comme les plus efficaces (notamment les pays scandinaves) ne sont pas ceux au sein desquels les enseignants prestent le plus d’heures ».
 
N’hésitez pas à partager ces ressources si vous les jugez utiles.
 
Xavier
 
*****
« Pourquoi la FWB n’objective-t-elle pas la charge réelle de travail des enseignants du degré supérieur ? »
 
Dans le cadre de la deuxième saison de l’opération « Pourquoi », les abonnés du « Soir » ont soumis une vingtaine de questions sur des sujets sociétaux ainsi que sur l’enseignement. Voici la réponse à celle de Xavier, de Jette.
 
Le débat s’est tenu en commission de l’Education le 12 janvier dernier. A la suite du dépôt de deux propositions de résolution – l’une du PTB demandant l’abrogation du passage de 20 à 22 périodes « face classe » dans le degré supérieur du secondaire (de la 4e à la 6e secondaire), l’autre d’Ecolo plaidant pour une objectivation de la charge de travail réelle avant tout changement – , les députés de la majorité et de l’opposition ont exposé leurs arguments sur la pertinence d’évaluer le temps de travail total des enseignantes et des enseignants de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). Une revendication portée de longue date par les organisations syndicales.
 
Pour l’opposition, il est problématique de « dire aux enseignants qu’on va alourdir leur charge sans avoir une vue réelle sur celle-ci », résume Bénédicte Linard, qui portait le texte pour Ecolo. « La réforme du Pacte d’excellence a, par ailleurs, amené une transformation et une augmentation de la charge de travail des enseignants. » Fabien Maingain (Lib.res) a, lui, insisté sur la nécessité de disposer de chiffres pour gouverner « comme des ingénieurs ».
 
La majorité MR-Engagés considère à l’inverse qu’une telle évaluation est délicate et ne peut constituer un préalable à la décision d’augmenter la charge horaire des enseignants du secondaire supérieur. « Une objectivation généralisée et uniforme est extrêmement complexe parce que la charge d’un enseignant n’est pas celle d’un autre », soutient Mathilde Vandorpe (Les Engagés). « La charge d’un professeur de français n’est pas celle d’un professeur d’éducation physique. Celle d’un enseignant débutant n’est pas celle d’un enseignant chevronné. La charge d’un titulaire implique un suivi que ses collègues n’ont pas. La charge dépend aussi du public de l’école, du contexte, du climat. » La cheffe de groupe souligne également les limites d’une évaluation reposant uniquement sur du déclaratif.
 
Le MR, par la voix de sa députée Stéphanie Cortisse, estime que l’augmentation de la charge horaire dans le degré supérieur « s’appuie déjà sur plusieurs niveaux d’objectivation ». Dès lors, « reporter ou conditionner ces mesures à une étude supplémentaire ferait courir un risque réel à la soutenabilité du financement de l’enseignement alors qu’une part importante des salaires est financée par de l’emprunt. » Le cabinet de la ministre de tutelle, la libérale Valérie Glatigny, partage cette analyse : « La Fédération Wallonie-Bruxelles est déjà en possession d’un travail d’objectivation réalisé par l’OCDE. »
 
Les limites de l’enquête Talis
Il s’agit de l’enquête Talis menée en 2018 et reproduite en 2024 par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), qui sonde notamment le temps et les conditions de travail des enseignants. Pour la FWB, celle-ci se limite aux enseignants du primaire et du degré secondaire inférieur (uniquement les deux premières années). Par questionnaire autorapporté, des enseignants tirés au sort sont invités à répondre à un questionnaire en ligne d’une durée de 45 à 60 minutes. « Avec un tel dispositif, il est difficile d’objectiver à la minute près ce que les enseignants font réellement », concède Sandrine Lothaire, docteure en sociologie à l’UMons, spécialisée dans le parcours des enseignants. « Il y a généralement un risque de surévaluation. »
 
En FWB, le temps de travail rapporté atteint 34,1 h par semaine pour les enseignants du secondaire inférieur, contre 41 h pour la moyenne de l’OCDE. Les chercheuses de l’Université de Liège, en charge de l’analyse des données pour la FWB, mettent eux en garde contre « un risque de sous-estimation », les réponses émanant uniquement d’enseignants exerçant à temps plein dans un même établissement, et non de ceux qui travaillent dans plusieurs infrastructures.
 
Toutefois, pour le cabinet Glatigny, même si l’étude porte sur des niveaux différents, « les résultats de l’étude Talis restent pertinents dans le débat actuel : les enseignants du secondaire inférieur prestent déjà 22 périodes “face classe”, soit exactement le volume désormais prévu pour le secondaire supérieur. Talis permet donc d’objectiver ce que représente concrètement une organisation à 22 périodes “face classe” en termes de charge globale déclarée, de répartition des tâches, de stress et de bien-être ».
 
A la mi-janvier, les deux propositions de résolution ont été rejetées par huit voix contre cinq, majorité contre opposition. Il n’y a donc pas de majorité politique pour soutenir une évaluation indépendante de la charge de travail réelle des enseignants, bien qu’elle n’existe pas pour ceux du secondaire supérieur. Et c’est précisément ces derniers qui verront leur charge passer de 20 à 22 périodes dès la rentrée prochaine.
 
Cinq composantes au métier
En FWB, seul le nombre de périodes consacrées à l’enseignement en classe ainsi que le volume du travail collaboratif sont formellement définis. Le temps de travail « face classe » varie selon le niveau d’enseignement : 28 périodes de 50 minutes pour les professeurs de pratique professionnelle, 26 périodes pour les instituteurs maternels, 24 pour les instituteurs primaires, 22 pour les enseignants du degré secondaire inférieur et 20 périodes – bientôt 22 – pour ceux du degré secondaire supérieur. Dès la prochaine rentrée, les enseignants en première année de carrière et ceux âgés de 60 ans et plus presteront deux périodes de moins devant les élèves.
 
D’après le rapport « Regard sur l’éducation 2024 » de l’OCDE, « dans la plupart des pays, le temps de travail annuel des enseignants est officiellement défini dans les conventions collectives ou autres accords contractuels. Ce temps de travail peut correspondre soit au temps de présence obligatoire des enseignants dans leur établissement, tant pour les cours que pour d’autres activités, soit au temps de travail total ». Seuls l’Autriche, le Costa Rica, la Communauté française, l’Italie, le Mexique et la Slovénie « ne disposent pas d’exigences formelles en ce qui concerne le temps consacré par les enseignants à des activités autres que l’enseignement, du moins à certains niveaux d’enseignement ».
 
Depuis 2019, avec les travaux sur le Pacte d’excellence, un décret définit néanmoins les cinq composantes du travail des enseignants : le travail en classe, le travail pour la classe (préparations, corrections, gestion pédagogique), le service à l’école et aux élèves (réunions de parents, conseils de classe), la formation professionnelle continue et le travail collaboratif (au minimum 60 périodes par année scolaire).
 
Des politiques publiques « objectivées »
Alors, pourquoi ne pas évaluer scientifiquement la charge réelle des enseignants de chaque niveau ? « Soulignons d’abord la pertinence de la question », pointe Marc Romainville, docteur en sciences de l’éducation et professeur émérite de l’UNamur, à l’adresse de notre lecteur. « Dans le cadre d’une gestion rigoureuse des affaires publiques, il faudrait d’abord connaître la charge de travail des enseignants avant de l’augmenter. Il est donc assez étrange que la majorité refuse une enquête sur le sujet. »
 
Dans son accord de gouvernement, la même majorité plaidait pourtant pour des politiques publiques « objectivées ». Le plan de « revalorisation du métier d’enseignant » devait notamment passer par « l’évaluation, et le cas échéant l’ajustement des différences de charge de travail entre les enseignants de disciplines différentes selon l’importance du temps qu’ils doivent consacrer à la préparation de leurs cours, au suivi des étudiants et à des activités de correction ». Mais la situation budgétaire aurait imposé l’urgence de mesures d’économie.
 
Plus qu’un temps plein
Dans les systèmes éducatifs voisins, des études sur la charge réelle de travail des enseignants existent. C’est le cas notamment en France et en Flandre, où des chercheuses et chercheurs ont été mandatés par les autorités. D’après l’étude de la VUB, les enseignants flamands travaillaient en moyenne 46 h par semaine, « bien au-delà des 38 h d’un temps plein standard », analyse Marc Romainville. « Bien sûr, il s’agit de données rapportées (à plusieurs moments aléatoire de la journée, via une application, NDLR) par les individus interrogés et non de données observées. Mais quoi qu’il en soit, l’étude montre bien un écart très important, en fait une multiplication par deux, entre les heures face classe et les heures totales liées aux préparations, corrections, conseils de classe, réunions de parents… »
 
En France, le ministère de l’Education nationale a constaté que « les enseignants dépassent les 35 h hebdomadaires de travail et qu’ils travaillent en partie durant leurs vacances scolaires ». Ils effectuent en moyenne 41 h 24 de travail hebdomadaire (hors vacances scolaires). « Dans les deux cas, on voit donc qu’ils travailleraient au moins autant, sinon plus qu’un travailleur salarié ordinaire », résume Marc Romainville.
 
« Complexité des matières enseignées »
Pour autant, est-il « normal » que les enseignants prestent moins d’heures « face classe » dans le degré supérieur ? Selon les données de l’OCDE, qui portent sur 38 pays en Europe, en Amérique et en Asie, ce temps varie selon les systèmes éducatifs et les niveaux d’étude. En 2023, les enseignants de maternel dispensaient en moyenne 1.007 h de cours par an, contre 773 h en primaire. Dans le secondaire, la moyenne de l’OCDE s’établit à 706 h dans le degré inférieur et à 679 h dans le degré supérieur. Ces chiffres descendent respectivement à 632 h et 612 h au niveau européen. En Belgique francophone, le temps annuel « face classe » est de 646 h dans l’inférieur et de 612 h dans le supérieur.
 
Les données de l’OCDE doivent toutefois être interprétées avec prudence. Si elles indiquent que les enseignants français prestent davantage d’heures d’enseignement que leurs homologues belges francophones, une majorité des professeurs du secondaire effectuent en réalité 18 h hebdomadaires, « auxquelles peuvent s’ajouter des heures supplémentaires ». Par ailleurs, pour certains pays, l’OCDE n’a pu exclure les jours de formation et d’évaluation, à la différence de la FWB.
 
En Communauté flamande, une différence comparable subsiste entre le degré inférieur (646 h par an) et le degré supérieur (604 h). « En général, plus on “monte” dans le système, moins les enseignants prestent d’heures “face classe” », explique Marc Romainville. « Cela se justifie surtout par la complexité des matières enseignées, complexité qui, elle-même, en amont, a justifié une formation plus longue. Ça se discute évidemment, car on pourrait aussi considérer la complexité de gestion des plus jeunes. »
 
Pour Sandrine Lothaire, une dimension symbolique intervient également. « Il existe une hiérarchie implicite entre les niveaux. Les enseignants du secondaire supérieur sont des enseignants universitaires, ce qui n’est pas encore le cas des autres (le passage de la formation de trois à quatre ans conduira à une co-diplomation, NDLR). Ils enseignent des contenus disciplinaires d’un plus haut niveau, ce qui peut nécessiter des temps de correction plus long. Si le politique voulait rétablir un équilibre, il aurait toutefois pu réduire la charge du degré inférieur, au lieu d’augmenter celle du degré supérieur ». Quant à la portée pédagogique, la chercheuse conclut que « les pays considérés comme les plus efficaces (notamment les pays scandinaves) ne sont pas ceux au sein desquels les enseignants prestent le plus d’heures ».
 
Cet article répond à la question de Xavier Vanwelde, de Jette : « Pourquoi la Fédération Wallonie-Bruxelles n’objective-t-elle pas la charge réelle de travail des enseignants francophones du degré supérieur, alors même qu’elle décide d’en augmenter le temps de travail, dans un métier pénible et en forte pénurie ? ».    
 
Par Charlotte Hutin  (Journaliste au pôle Société) Publié le 27/01/2026 à 19:14 Temps de lecture: 2 min  
Source : HUTIN, C. (2026), « Pourquoi la FWB n’objective-t-elle pas la charge réelle de travail des enseignants du degré supérieur ? », publié le mercredi 28 janvier 2026 dans le journal Le Soir, aussi disponible en ligne : https://www.lesoir.be/725001/article/2026-01-27/pourquoi-la-fwb-nobjective-t-elle-pas-la-charge-reelle-de-travail-des? 
 
le_Soir_-_Pourquoi_la_FWB_nobjective-t-elle_pas._._._page-0001_1.jpg
 

Xavier Vanwelde

Réponse de la Ministre GLATIGNY à la Lettre ouverte

2026-01-21 14:04:47

Chers signataires,

J’ai reçu une réponse écrite de la Ministre Glatigny à notre lettre ouverte. Vous la trouverez ci-dessous.

Pour ma part, elle ne répond pas à l’interpellation formulée. La lettre posait une question politique précise : comment une augmentation obligatoire de la charge de travail, sans compensation, peut-elle être compatible avec la lutte contre la pénurie, l’attractivité du métier et la qualité de l’enseignement ? La réponse se situe sur un autre terrain.

La Ministre invoque des contraintes budgétaires générales, sans démontrer en quoi la mesure répondrait aux enjeux soulevés par plus de 5.300 enseignants.

Bonne lecture,

Xavier Vanwelde

******************************************************************************************

Objet : Lettre ouverte « Sauver l’École : pas en épuisant les enseignants »

23 décembre 2025

Cher Monsieur Vanwelde,

Je vous remercie sincèrement pour la transmission de la lettre ouverte, ainsi que pour le temps et l’énergie consacrés à formuler vos préoccupations. Je mesure la force des convictions qui traversent votre texte, et j’entends la tension qu’exprime une partie du monde enseignant face aux décisions récentes.

Cette lettre aborde essentiellement les mesures concernant le secondaire supérieur, et plus particulièrement l’ajout de deux périodes hebdomadaires. Permettez-moi toutefois de replacer celles-ci dans un cadre plus large, à la fois pédagogique et budgétaire, car l’enseignement dépasse largement un seul niveau.

1. L’augmentation de 20 à 22 périodes dans le DS : un contexte exceptionnel qui impose des choix difficiles

Je comprends que l’augmentation de la charge horaire de 20 à 22 périodes suscite des réactions fortes, dans un contexte où l’investissement des enseignants dépasse largement les heures passées en classe. Rien de ce travail n’est ignoré ni minimisé.

Cette décision intervient toutefois dans une situation budgétaire exceptionnelle. Certes, les comparaisons chiffrées ne disent pas tout, mais elles restent un élément incontournable pour comprendre la situation actuelle. Aujourd’hui :

1.     L’équivalent d’un salaire d’enseignant sur cinq est financé par l’emprunt ;

2.     La Fédération Wallonie-Bruxelles paie plus de 340 millions d’euros d’intérêts par an.

Sans mesure d’adaptation, ces montants auraient continué à augmenter, menaçant la soutenabilité du financement de l’enseignement lui-même.

Le rapport du Comité des experts a, également, pointé l’absolue nécessité : si rien n’était entrepris, le financement de la FWB et de ses acteurs serait gravement menacé.

C’est cette réalité qui a conduit le Gouvernement à opérer des choix, tout en écartant des pistes qui auraient eu un impact bien plus lourd (réduction de l’encadrement, hausse de la taille des classes, baisse de salaires, fin de la DPPR, augmentation plus forte encore des charges dans d’autres niveaux, etc.).

2. Sur la pénurie et les inquiétudes exprimées

La lettre ouverte revient longuement sur la pénurie, en soulignant qu’il s’agit d’un phénomène de long terme. La pénurie est également au cœur de nos priorités, comme le rappelle la DPC : « L’école, c’est d’abord avoir un enseignant chaque jour dans chaque classe. C’est la raison pour laquelle la première priorité du Gouvernement est la lutte contre la pénurie, ainsi que le renforcement de l’attractivité du métier ».

C’est pour cette raison que nous avons mis en place l’an dernier des groupes de travail « pénurie », afin d’étudier les différentes mesures renforçant l’attractivité du métier (revalorisation barémique RFIE, modernisation des statuts, aménagements des débuts et des fins de carrière).

Il serait trop simple d’imputer cette pénurie à une seule mesure. Les causes de cette pénurie sont multiples et souvent anciennes : elles surviennent également dans les autres systèmes éducatifs, témoignant d’un malaise relatif à la place de l’enseignement au sein de la société. Concernant les conséquences de l’augmentation horaire, plusieurs garanties sont fondamentales :

3.     Il n’y aura pas de licenciements, dès lors que plus de 2.170 ETP s’ouvrent chaque année dans le degré supérieur ; les départs naturels absorberont la réduction envisagée de 1.300 ETP, et nous aurons toujours besoin de davantage d’enseignants dans le secondaire supérieur.

4.     Les enseignants nommés conservent pleinement leur statut ;

5.     Des mesures d’accompagnement seront mises en place pour éviter des situations de désorganisation locale : publication obligatoire des emplois vacants sur Primoweb, outils de reclassement, soutien aux PO, etc.

Je tiens aussi à rappeler que d’autres mesures structurelles demeurent prioritaires : l’accompagnement des débuts de carrière, la simplification administrative, mais aussi la mise en place du futur CDIE pour octroyer une pleine charge aux enseignants débutants, dont les modalités seront finalisées dans les prochains mois. Rappelons également que le projet de CDIE sera mis en œuvre afin d’assurer une charge horaire stable, 100 % garantie aux jeunes enseignants formés en 4 ans. Cette partie du travail n’entraîne pas de surcoût. Quant au surcoût qui serait engendré d’ici 2060, si nous mettions fin aux nominations et que tous les enseignants étaient sous statut CDIE, rappelons qu’il s’agit d’une dépense future éventuelle. Ne pas mettre en œuvre cette seconde mesure ne constituerait pas une économie par rapport à la situation actuelle. Y renoncer ne nous permettrait donc pas de ne pas devoir faire des économies.

3. Sur l’idée d’une crise de confiance

J’entends cette perception. Les réformes doivent être expliquées, contextualisées et discutées, y compris, et d’autant plus, lorsque les décisions sont difficiles.

La Fédération Wallonie-Bruxelles ne peut pas avancer sans un dialogue continu et fluide avec les équipes pédagogiques, et cela fait partie des chantiers prioritaires sur lesquels nous travaillons.

Mon cabinet consulte déjà avec les différents acteurs de l’Enseignement (PO, OS, Directions, Fédérations d’associations de parents, etc.) de manière très régulière, toutes les six semaines. Les retours de terrain sont essentiels pour moi.

Je me tiens à votre disposition, si vous le souhaitez, pour me rencontrer, dans le cadre des samedis matin que je consacre régulièrement à des échanges avec des enseignants. La personne en charge est Mme (…)

Je vous prie de croire, Monsieur Vanwelde, en l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

La Ministre,

Valérie GLATIGNY  


Xavier Vanwelde

Note de synthèse publique établie par deux enseignants à l’issue d’une rencontre avec le cabinet de la ministre Degryse

2025-12-21 08:55:39

Ajout de deux périodes dans l’enseignement secondaire supérieur

Note de synthèse publique établie par deux enseignants à l’issue d’une rencontre avec le cabinet de la ministre Degryse

À la suite de la lettre ouverte « Sauver l’École : pas en épuisant les enseignants »

Rencontre du 16 décembre 2025

 

Heure : 11h00 – 12h30

Lieu : Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles / Cabinet de la ministre Degryse

Objet : Mesures budgétaires FWB - ajout de 2 périodes dans l’enseignement secondaire supérieur

Participants

Cabinet de la ministre Degryse :

  • Laurent de Briey, Chef de Cabinet de la Ministre-Présidente de la Communauté française
  • Nathalie Levaux, Conseillère - Responsable de la Cellule Enseignement obligatoire au Cabinet d’Elisabeth Degryse.
  • Catherine Meunier
  • Sashka Grandry, Chargée d’appui aux cellules Budget, Enseignement Obligatoire et Bâtiments Scolaires

Enseignants :

  • Xavier Vanwelde, enseignant au Collège Saint-Pierre à Jette, auteur de la lettre ouverte cosignée par plus de 5.200 enseignants
  • Sarah Linard, enseignante, Institut des Sœurs de Notre-Dame (Anderlecht)

 

Cadre du document

Le présent document constitue une synthèse publique rédigée par deux enseignants à l’issue de la rencontre du 16 décembre 2025 avec le cabinet de la ministre Degryse.

Il ne s’agit ni d’un procès-verbal officiel, ni d’une retranscription exhaustive des échanges.

Cette synthèse reflète la compréhension fidèle et de bonne foi des positions exprimées lors de la réunion, telles qu’elles ont été perçues, discutées et reformulées au cours des échanges.

Les formulations reprises visent à restituer le sens des propos et des positions politiques exprimées, et non à rapporter des citations verbatim.

Toute erreur factuelle involontaire peut être signalée afin d’être corrigée dans une version ultérieure.

 

1. Contexte de la rencontre

Cette rencontre s’est tenue à l’initiative du cabinet, à la suite de la diffusion d’une lettre ouverte cosignée par plus de 5.200 enseignants, intitulée « Sauver l’École : pas en épuisant les enseignants », dénonçant notamment l’ajout de 2 périodes face-classe dans l’enseignement secondaire supérieur.

L’objectif des deux enseignants était d’obtenir des clarifications précises sur les fondements de cette mesure, en particulier sur les éléments permettant de soutenir qu’elle pourrait :

  • rester compatible avec l’attractivité du métier ;
  • contribuer à résorber la pénurie ;
  • ne pas affecter la qualité de l’enseignement dans un contexte déjà fortement sous tension.

Jusqu’ici, les réponses publiques reçues se limitaient à des éléments de langage, sans prise en compte directe des arguments développés dans la lettre ouverte.

 

2. Éléments de position exprimés par le cabinet

Dès l’ouverture de la réunion, le cabinet a indiqué que les trois questions centrales soulevées par les enseignants n’avaient pas reçu de réponse politique, car elles ne relèvent ni de l’objet de la mesure ni du rapport des experts, celui-ci étant présenté comme strictement budgétaire.

Le cabinet a insisté sur le fait que l’ajout de 2 périodes au DS constitue une mesure exclusivement fondée sur des considérations budgétaires, liée au déséquilibre financier de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Il a également été indiqué que cette mesure : 

  • risque d’accroître la pénibilité du métier, sans améliorer son attractivité ; 
  • ne constitue pas une réponse à la pénurie d’enseignants
  • ne permet pas de garantir le maintien du niveau actuel de qualité de l’enseignement.

Le cabinet a précisé ne pas considérer cette mesure comme positive, mais comme « la moins mauvaise option possible » dans le cadre budgétaire actuel.

Il a été clairement indiqué que, dans le cadre actuel, l’objectif prioritaire poursuivi par la mesure est la réalisation d’économies budgétaires, les autres considérations (qualité de l’enseignement, conditions de travail, pénurie) étant reconnues mais non déterminantes dans l’arbitrage.

 

3. Renoncement assumé aux engagements électoraux

Le cabinet a été confronté à plusieurs engagements figurant dans le programme électoral des Engagés, notamment : « Les enseignants pourront bénéficier d’une revalorisation salariale d’au moins 10 % s’ils acceptent de prester deux périodes supplémentaires consacrées à l’encadrement ou au soutien des élèves. Les heures supplémentaires seront défiscalisées. Le nombre de périodes sera adapté selon la charge de travail propre aux disciplines. » [1]

À la lumière des éléments de réponse apportés par le cabinet, les enseignants ont compris que ces engagements n’auraient pas été formulés dans les mêmes termes si la situation budgétaire  avait été connue par Les Engagés au moment de la rédaction de leur programme.

Il en résulte un renoncement à plusieurs engagements structurants, justifié par l’évolution de la situation financière et par les contraintes liées à la coalition gouvernementale.

[1] https://www.lesengages.be/propositions/un-prof-dans-chaque-classe-luttons-contre-la-penurie-denseignants/

 

4. Désaccords de fond maintenus

Plusieurs points de désaccord majeurs ont été mis en évidence.

a) Temps plein et charge réelle de travail

Le cabinet a indiqué qu’un enseignant du secondaire supérieur travaille en moyenne environ 46 heures par semaine, en se référant à des données issues d’enquêtes menées en Flandre et à des comparaisons internationales (OCDE). À titre de comparaison, un temps plein en Belgique correspond à 38 heures hebdomadaires.

Les enseignants ont dès lors interrogé explicitement le cabinet sur la cohérence de l’ajout de deux périodes supplémentaires, alors même qu’il est reconnu que les enseignants du secondaire supérieur assurent déjà, a minima, une charge de travail équivalente, et souvent supérieure, à un temps plein.

Il a été répondu qu’en Fédération Wallonie-Bruxelles, aucune enquête officielle ne permet d’objectiver la charge réelle de travail des enseignants, contrairement à ce qui existe en Flandre ou dans d’autres systèmes éducatifs.

Au cours des échanges, une remarque a laissé entendre que l’ensemble des enseignants ne presterait pas nécessairement un temps plein effectif. Cette affirmation a été contestée. Il a été rappelé que :

  • comme dans toute profession, des situations individuelles marginales peuvent exister ;
  • l’existence de ces situations ne peut en aucun cas justifier une mesure appliquée uniformément à l’ensemble du corps enseignant, perçue comme une punition collective ;
  • cela ne remet pas en cause le constat central : la majorité des enseignants dépasse déjà largement un temps plein, en particulier dans le secondaire supérieur.

Les enseignants ont enfin attiré l’attention sur un effet pervers majeur de la mesure : le ressenti d’un manque de respect à l’égard d’une profession déjà fortement sollicitée. En surchargeant une profession arrivée à saturation, la mesure risque d’inciter les enseignants les plus investis à réduire leur engagement non comptabilisé, par simple nécessité de protection.

Sont notamment concernés : les remédiations informelles, le suivi individualisé des élèves, les titulariats, les projets pédagogiques, les voyages, retraites scolaires et activités éducatives, ainsi que la production de ressources pédagogiques de qualité.

b) Absence d’objectivation de la charge de travail

Les enseignants ont interrogé le cabinet sur l’absence, en Fédération Wallonie-Bruxelles, de toute mesure officielle et objectivée de la charge de travail des enseignants, alors que de telles données existent en Flandre et dans d’autres systèmes éducatifs.

Interrogé explicitement sur la possibilité de mener une telle objectivation, le cabinet a indiqué qu’aucune étude de ce type n’était envisagée. Les éléments de réponse avancés pour justifier cette absence d’objectivation ont été les suivants:

  • une opposition syndicale, par crainte de créer des divisions entre disciplines ;
  • le caractère jugé subjectif ou non représentatif des résultats d’une telle enquête ;
  • la conviction que les enseignants ne seraient, de toute façon, pas satisfaits des conclusions.

Les enseignants ont répondu que, précisément, de nombreux collègues demandent aujourd’hui une objectivation rigoureuse et transparente de leur charge de travail, convaincus que celle-ci dépasse déjà largement un temps plein. Une telle démarche permettrait, selon eux, d’objectiver le débat plutôt que de le laisser reposer sur des perceptions ou des présupposés.

Une incohérence méthodologique a également été soulignée : d’un côté, une enquête menée en Fédération Wallonie-Bruxelles serait jugée trop subjective ou non représentative pour être exploitable ; de l’autre, des données issues d’enquêtes menées en Flandre ou par l’OCDE sont mobilisées sans réserve pour justifier des choix politiques affectant directement les enseignants francophones.

Enfin, l’argument selon lequel une telle enquête ne serait pas menée parce que « les syndicats ne le souhaitent pas » a été explicitement questionné. À l’inverse, de nombreux enseignants expriment aujourd’hui le souhait qu’une mesure contextualisée, méthodologiquement solide et politiquement assumée soit enfin mise en place.

 

 

 

5. Cohérence des arbitrages budgétaires

Les enseignants ont souligné un problème de cohérence perçu sur le terrain : l’argument de l’austérité devient difficilement lisible lorsqu’il coexiste avec des choix politiques perçus comme favorables à certains publics, qu’ils relèvent du niveau communautaire ou d’autres niveaux de pouvoir, notamment en matière de fiscalité (dont la réforme des droits d’enregistrement et certains allégements successoraux), de dispositifs avantageux (voitures de société) ou encore d’investissements publics majeurs (métro bruxellois, acquisitions d’équipements militaires).

Un paradoxe central a également été mis en évidence dans le raisonnement budgétaire présenté: la Fédération Wallonie-Bruxelles se trouve en situation de déficit budgétaire alors même qu’elle fait face à une pénurie grave d’enseignants. Si chaque élève disposait effectivement d’un enseignant devant lui, la contrainte budgétaire serait, à court terme, encore plus forte.

À ce titre, la question du modèle de société et des priorités collectives sous-jacentes aux arbitrages budgétaires a été explicitement posée.

Dans ce cadre, les enseignants ont également interrogé le cabinet sur le contre-rapport publié par Econosphère, qui met en avant des enjeux structurels de recettes et questionne la soutenabilité des choix budgétaires opérés. Le cabinet a exprimé une critique nette de ce contre-rapport, contestant tant sa lecture de la situation financière que ses conclusions.

Le cabinet a indiqué qu’il examinerait toute proposition alternative constructive, pour autant qu’elle s’inscrive dans un cadre budgétaire étayé et chiffré.

Au cours des échanges, le terme « équité » a été utilisé de manière récurrente par le cabinet pour justifier la mesure, notamment dans une logique d’harmonisation du nombre de périodes face-classe entre les différents degrés d’enseignement. Les enseignants ont explicitement contesté l’usage de ce terme, en soulignant que l’approche présentée relève d’une logique d’égalité formelle, consistant à aligner des paramètres identiques entre degrés aux réalités professionnelles différentes, ce qui engendre de l’inéquité sur le terrain.

 

6. Conséquences concrètes pour les enseignants

Un exemple concret a été discuté, à titre illustratif : celui d’un enseignant au DS, issu de notre entourage professionnel, qui prestait déjà 22 périodes (acceptées volontairement et rémunérées). Cet enseignant indique que la charge de travail est difficilement soutenable. Il est d’ailleurs en arrêt maladie pour surmenage.

Avec la réforme :

  • il devra continuer à prester 22 périodes ;
  • mais ne sera plus rémunéré qu’à hauteur de 20 périodes ;
  • ce qui représente une perte estimée entre 400 et 500 euros bruts par mois.

Il s’agit donc bien d’une dégradation concrète des conditions de travail et de rémunération.  

Les deux enseignants ont indiqué que, compte tenu du nombre d’élèves et de classes qu’ils encadrent :

  • 20 périodes constituent déjà une charge épuisante ;
  • même rémunérée, une augmentation à 22 périodes n’est pas soutenable ;
  • a fortiori, une telle augmentation imposée sans compensation ne peut être acceptée.

La mesure crée donc une situation où :

  • l’augmentation devient obligatoire ;
  • le refus entraîne une perte salariale équivalente ;
  • tandis que le temps consacré à l’accompagnement pédagogique, au suivi des élèves et aux tâches hors classe reste inchangé.

Cette situation est perçue comme inéquitable et de nature à renforcer l’épuisement professionnel, la démotivation et le risque de départs.

 

7. Argument « avant 2018 » et perspective juridique

Le cabinet insiste sur le fait que, dans l’enseignement secondaire supérieur :

  • « des plages de 20 à 22 périodes existaient déjà avant l’année 2018 » ;
  • cela permettrait de soutenir que la mesure envisagée ne constitue pas une modification unilatérale des conditions de travail ;
  • cet argument constitue un axe de défense explicite en cas de recours au Conseil d’État.

Les enseignants ont contesté cette lecture, en soulignant que les situations antérieures invoquées ne sont ni comparables dans leur nature, ni dans leur portée, à la mesure aujourd’hui envisagée.

Effectivement, avant 2018, certains services pouvaient ponctuellement dépasser le seuil de 20 périodes, notamment en raison de la structure des grilles horaires (par exemple des cours organisés à trois périodes hebdomadaires par classe). Ces situations concernaient cependant une minorité d’enseignants spécifiques, une majorité d’enseignants n’y ayant jamais été confrontés.

Ces 22 périodes ne constituaient donc ni une norme généralisée, ni un allongement structurel du service applicable à l’ensemble du corps enseignant, et ne peuvent, à ce titre, être assimilés à un précédent justifiant une modification générale du temps de travail.

Les enseignants ont par ailleurs souligné que la mesure actuelle se distingue fondamentalement des situations antérieures invoquées, en ce qu’elle :

  • généralise l’augmentation du nombre de périodes à l’ensemble des enseignants du secondaire supérieur ;
  • rend cette augmentation obligatoire ;
  • s’inscrit dans un contexte où se sont ajoutées, depuis 2018, de nouvelles obligations formelles, notamment :
    • les 60 heures de travail collaboratif ;
    • l’alourdissement des charges administratives liées notamment au Pacte pour un Enseignement d’Excellence et aux plans de pilotage.

Le cabinet considère que les 60 heures de travail collaboratif constituent une formalisation d’un travail préexistant. Les enseignants ont, pour leur part, insisté sur le fait que ces heures ont été vécues sur le terrain comme un ajout réel, à prester et à justifier, et non comme une simple reconnaissance de pratiques antérieures

Dans ces conditions, les enseignants estiment que, pour les enseignants nommés après 2018 en particulier, la mesure envisagée constitue une modification substantielle et unilatérale des conditions de travail, susceptible de soulever une question juridique réelle. Le cabinet a indiqué qu’un éventuel recours relèvera de l’appréciation du Conseil d’État, lequel sera amené à se prononcer sur la légalité de la mesure au regard du cadre statutaire applicable.

 

 

8. Forme des deux périodes supplémentaires

À ce stade, aucune clarté n’existe quant à la forme concrète que pourraient prendre les deux périodes supplémentaires. Plusieurs hypothèses ont été évoquées, sans qu’aucune ne soit arrêtée à ce jour :

  • heures face-classe ;
  • remédiation ;
  • co-enseignement ;
  • services à l’école (titulariats, etc.).

Les enseignants ont souligné que les difficultés rencontrées sur le terrain ne tiennent pas uniquement au nombre de périodes prestées, mais également à un ensemble de contraintes concrètes, parmi lesquelles : le nombre d’élèves à encadrer, le nombre parfois élevé de classes prises en charge, l’hétérogénéité croissante des publics scolaires, la gestion de situations pédagogiques et relationnelles complexes, le volume important de travail hors face-classe souvent presté en soirée, le week-end ou pendant les congés scolaires, ainsi que la sollicitation croissante en dehors des heures de cours (liée notamment aux outils numériques).

S’y ajoutent l’exposition répétée à des discours publics dévalorisants à l’égard du métier, la taille et la configuration des locaux, l’insuffisance d’espaces de travail adaptés au sein des établissements (tant en termes de postes disponibles que de conditions propices à la concentration), l’inconfort sonore lié à l’environnement scolaire, ainsi que le profil et les besoins spécifiques des élèves en classe.

Tout en réaffirmant leur opposition à la mesure, les enseignants ont indiqué que, dans l’hypothèse où celle-ci leur serait néanmoins imposée, il faudrait au minimum éviter qu’elle n’aggrave encore les inégalités existantes et ne place certains enseignants dans des situations objectivement plus injustes ou intenables que d’autres, en raison de leurs conditions concrètes d’exercice, sans que cela n’implique une acceptation du principe de la mesure.

Ils ont précisé que cette exigence minimale suppose de tenir compte de différences objectivables entre situations professionnelles, notamment :

 

  • une modulation en fonction du nombre moyen d’élèves encadrés ;
  • une modulation en fonction du nombre de classes prises en charge ;
  • une modulation tenant compte de facteurs objectivables liés au contexte socio-éducatif et aux caractéristiques du public scolaire, notamment dans certains contextes d’enseignement spécifiques.

Il a enfin été rappelé que cette mesure d’ajout de deux périodes dans l’enseignement secondaire supérieur, reconnue comme aggravant la pénibilité du métier et n’apportant aucune réponse structurelle à la pénurie, risque d’accentuer les départs, les situations de burn-out et les refus d’entrée dans la profession.

 

9. Plan B en cas d’invalidation

En fin de réunion, après avoir acté les divergences de fond ainsi que la reconnaissance du caractère strictement budgétaire de la mesure, les enseignants ont interrogé le cabinet sur l’existence d’un plan B en cas d’invalidation, par le Conseil d’État, de la mesure d’ajout de deux périodes dans l’enseignement secondaire supérieur.

Le Cabinet a évoqué :

  • la suppression des allègements pour enseignants en début et fin de carrière (qui représentent environ un tiers de l’effort budgétaire compensatoire); ainsi que
  • la remise en cause d’autres dispositifs d’accompagnement.

Le cabinet estime que la situation serait alors encore plus défavorable.

 

10. Conclusion

La rencontre, prévue pour une heure, a duré une heure et demie. Les échanges ont été francs, mais aucune marge de négociation n’a été ouverte. Le cadre demeure strictement budgétaire. Les effets négatifs de la mesure sont reconnus, tout en étant assumés comme inévitables. Des ajustements restent évoqués, mais le cœur de la mesure n’est pas remis en cause.

NB. 1 : Les échanges ont également porté sur les dispositifs CID-E et RFIE, ainsi que sur les comparaisons récurrentes entre maternel, primaire, DI et DS. Il a été rappelé que ces comparaisons entre degrés ne tiennent pas compte des missions spécifiques, ni de la charge réelle hors classe, et qu’à qualification comparable, une comparaison avec la Haute École ou l’Université serait tout aussi pertinente - mais n’est jamais mobilisée. 

NB.2 : Il a été rappelé que l’augmentation du nombre de périodes prestées par enseignant entraîne mécaniquement une réduction du volume global d’heures disponibles, avec des conséquences directes sur l’emploi. Des enseignants en fonction depuis plusieurs années risquent ainsi de perdre tout ou partie de leur charge, d’être contraints de changer d’établissement contre leur gré ou de se retrouver sans affectation stable, accentuant l’insécurité professionnelle au sein des équipes. Ces situations, loin d’être marginales, fragilisent encore davantage des équipes déjà fortement sous tension.

 NB.3 : Le cabinet indique également qu’une réflexion plus large est en cours sur une harmonisation à 32 périodes pour les élèves, permettant une récupération d’heures NTPP.

 

*** Cette synthèse vise à permettre à chacun de se forger une opinion éclairée sur les fondements et les implications concrètes de la mesure annoncée. ***


Xavier Vanwelde

Réponses des députés : où est passé le débat ?

2025-12-01 16:29:54

Plusieurs d’entre vous m’ont demandé si j’avais reçu des réponses des députés. La réponse est oui, moins d'une dizaine… mais je dois être honnête : les contenus sont tellement pauvres, tellement standardisés, que je préfère ne pas les publier tels quels.

La plupart ne répondent à aucun argument. Ils répètent des éléments de langage copiés-collés, parfois mot pour mot d’un parlementaire à l’autre.

Certains ont même envoyé la même réponse, à la virgule près, à deux courriers totalement différents.

Autrement dit :

  • On ne débat plus sur les faits: on récite.
  • Les arguments ne sont pas lus.
  • Les explications ne sont pas prises en compte.

Et ce que vivent les enseignants depuis des années se confirme ici : on parle à leur place, mais pas avec eux.

Voici, par exemple, une idée qui revient dans la plupart des réponses :  « Sur l’harmonisation des charges horaires à 22 périodes pour tous les enseignants du secondaire, je comprends que cette mesure soit vécue comme une injustice. Elle ne nie pas les réalités du quotidien des enseignants — nous en sommes conscients. Mais, dans le contexte évoqué, elle s’inscrit dans une logique d’équité structurelle, déjà appliquée dans d’autres pays européens, et correspond souvent à ce que beaucoup faisaient avant la réforme de 2018. Elle permet aussi de financer deux mesures positives : une réduction de 2 périodes pour les enseignants débutants et pour ceux de 60 ans et plus.» "

Ce passage est devenu un refrain.

Il mérite donc d’être repris calmement.

1. Les “deux périodes en moins” n’existent pas

Les faits sont simples :

  • un débutant preste aujourd’hui 20 périodes ;
  • après la réforme, il prestera 20 (+2 -2) = 20 périodes ;
  • il ne passe donc pas à 18 ;
  • même chose pour les 60+ : 20 aujourd’hui, 20 demain.

Donc :

  • aucune réduction,
  • aucun allègement,
  • aucune amélioration.

Présenter cela comme un gain relève de la communication, pas de la réalité.

Et beaucoup d’enseignants le ressentent comme une tentative de maquiller une aggravation.  

 

2. L’argument OCDE : un pilier qui s’effondre

La réforme a été justifiée en affirmant que nos enseignants « travaillent 30 % de moins que la moyenne OCDE (données: 2021) ».

Le fact-checking a montré :

  • ce n’était pas 30 %, mais 24 % en 2021,
  • 14 % en 2022,
  • 9,8 % en 2024.

L’argument central est donc :

  • soit faux,
  • soit obsolète,
  • dans tous les cas, indéfendable en l’état.

Rappelons aussi que les comparaisons peuvent être utiles à condition d’être honnêtes, et n’ont de sens que si elles prennent en compte l’ensemble de l’écosystème qui le rend viable : taille des classes, soutien administratif, statut du métier, niveau de rémunération. Autant de paramètres qui, en FWB, sont loin d’être favorables. Isoler un seul indicateur, c’est comparer un coureur dans la boue à un coureur sur piste : le même chronomètre, mais pas la même course.

Et permettez-moi un parallèle très concret :

👉 Dans un conseil de classe, une décision prise sur base d’un chiffre erroné de cet ordre serait immédiatement réexaminée.

On reconvoquerait le conseil.

On réévaluerait le dossier.

On corrigerait la décision.

C’est une question de rigueur et d’équité.

Il serait légitime d’attendre la même exigence lorsque la décision concerne une profession entière.  

 

3. L’argument “avant 2018” : faux parallèle, vraie méconnaissance

Certains répondent que « beaucoup faisaient déjà 22 périodes avant 2018 ».

Trois oublis majeurs :

  • ces périodes étaient rémunérées ;
  • elles n’étaient jamais obligatoires, mais négociées localement ;
  • elles existaient avant :
    • l’ajout de 60 heures de travail collaboratif obligatoires,
    • une succession de réformes ayant alourdi toute la charge hors classe.

Comparer 2025 à 2018, c’est comparer deux métiers différents.  

 

4. L’effort “collectif” qui ne l’est pas

Les enseignants ne refusent pas l’effort collectif.
Ils refusent qu’il prenne la forme la plus pénible : une hausse obligatoire de la charge, non rémunérée, imposée à un métier déjà en pénurie et sous tension.

On parle beaucoup de restaurer l’autorité des enseignants et le respect dû au métier.
Mais le respect ne se décrète pas : il se traduit par des décisions cohérentes, fondées sur des arguments solides et élaborées avec ceux qu’elles concernent.

Or c’est précisément ce qui manque ici : arguments obsolètes, pénibilité ignorée, absence de concertation.

Ce n’est pas l’effort qui pose problème.
C’est l’effort imposé unilatéralement, sans justification robuste, à un seul groupe professionnel.

 

Conclusion : une exigence minimale de débat

Quand 5.000 enseignants prennent le temps de documenter, d’argumenter, d’expliquer :

  • on lit leurs arguments,
  • on examine leurs données,
  • on discute sur les faits.

Ce qui se passe aujourd’hui (éléments de langage, chiffres erronés, réponses en copier-coller) montre un problème plus profond : dès qu’on parle de l’École, on n’écoute plus ceux qui la font vivre.

Et puisqu’on me demande souvent une image simple pour résumer la situation, je reviens à celle-ci :

👉 Dans un conseil de classe, une décision prise sur base d’un mauvais chiffre est révisée. Pourquoi pas ici ?

Nous continuerons à exiger un débat fondé sur la réalité, pas sur des slogans.  

 
Xavier Vanwelde

 

PS.: Lu ce week-end: 

1. « Pas un problème de dépenses, mais bien de recettes » : une étude épingle les difficultés de la FWB (Le Soir)

L’étude, qui entend contredire le « discours catastrophiste » avancé par le gouvernement pour justifier ses économies, s’attache à démontrer que ce sont ses recettes insuffisantes qui minent l’entité, et non une prétendue évolution incontrôlée de ses dépenses.

2. Contre-rapport sur la dette publique de la Fédération Wallonie-Bruxelles: Article en ligne sur Econosphère

Résumé :
En septembre 2025, le Comité d’experts mandaté par le gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles (FWB) diagnostiquait l’« insoutenabilité » des finances publiques. Un mois plus tard, 255 millions d’euros d’économies étaient décidés par le gouvernement pour 2026, frappant l’enseignement, la petite enfance, la culture et l’aide à la jeunesse.

Ce diagnostic repose sur une lecture contestable de la situation budgétaire de l’entité. Premièrement,les difficultés budgétaires de la FWB ne résultent pas d’une dérive des dépenses publiques, mais d’un défaut structurel de la Loi spéciale de financement, qui ne permet pas à la FWB de capter des recettes suffisantes pour couvrir l’ensemble des missions. Le problème est donc avant tout institutionnel il appelle dès lors à une révision de la la Loi, pas à l’austérité budgétaire.

Deuxièmement, les discours alarmistes sur la situation budgétaire « catastrophique » de la FWB doivent être fortement relativisés. Depuis les années 1980, le contexte et la politique monétaire en Europe ont changé. En outre, même dans les scénarios les plus pessimistes, le risque d’un emballement de l’endettement (effet boule de neige sur la dette) de la FWB d’ici à 2040 est peu probable.
Dans ce contexte, l’austérité budgétaire n’est pas seulement injustifiée, elle est surtout contre-productive.

3. Contre-rapport sur la dette publique de la Fédération Wallonie-Bruxelles: étude en version PDF

 


Xavier Vanwelde

Lettre ouverte : envoi aux Ministres et aux Députés ce 25 novembre 2025

2025-11-25 15:08:04

Bonjour tout le monde,

Voici l’état d’avancement de la démarche engagée autour de la Lettre ouverte.

1. Envoi officiel de la Lettre ouverte

Ce mardi 25 novembre, journée de mobilisation dédiée aux services publics, j’ai transmis la Lettre ouverte :

  • à Mesdames les Ministres Valérie Glatigny et Élisabeth Degryse, ainsi qu’à leurs cabinets ;

  • à l’ensemble des Députés de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

La Lettre rassemble aujourd’hui 4.600 signataires, presque exclusivement des enseignants du secondaire.
Je partagerai les réponses éventuelles dès que j’en recevrai.

 

2. Rapport des experts:

Pour permettre à chacun de disposer de sources fiables, vous trouverez ci-dessous les documents publics liés au débat actuel:

a. Budget FWB | Le rapport du Comité d’experts: https://feas.be/cpt_actualites/budget-fwb-le-rapport-du-comite-dexperts/ 

b. Fichier PDF: Rapport du Comité d’experts auprès de la Fédération Wallonie-Bruxelles: fichier PDF 

 

3. Compte rendu intégral de la séance plénière au Parlement FWB du 19 novembre (après-midi)

--> Compte rendu intégral (PDF) :
https://www.pfwb.be/agendas/seances-plenieres-2025-11-19-001834568#introduction

--> Rediffusion YouTube (séquence utile à partir de 39’) : https://www.youtube.com/watch?v=L4u8w_VnJh8&t=2434s

Plusieurs interventions apportent des éléments précis au débat. Trois échanges méritent une attention particulière :

M. Martin Casier → Mme Élisabeth Degryse
« Menace sur la pension de nos enseignants »

Mme Éliane Tillieux → Mme Valérie Glatigny
« Fact-checking de la RTBF : la ministre manipule-t-elle les chiffres ? »

Mme Bénédicte Linard → Mme Valérie Glatigny
« Rapport de l’inspection sur la gratuité scolaire »

La  question « Fact-checking de la RTBF : la ministre manipule-t-elle les chiffres ? » revient sur les données avancées concernant la comparaison internationale du temps de travail des enseignants.

Enjeu :

  • La Ministre a affirmé que les enseignants du secondaire supérieur travaillent 30 % de moins que la moyenne OCDE.

  • Le fact-checking de la RTBF a montré que ce chiffre est erroné, fondé sur une donnée dépassée :
    • 2021 : 24 %
    • 2022 : 14 %
    • 2024 : 9,8 %

  • La question interroge donc l’usage de données obsolètes dans le cadre d’un arbitrage budgétaire.

La Ministre a confirmé s’être appuyée exclusivement sur les données OCDE 2021, les mises à jour plus récentes « n’apparaissant pas encore dans la base de référence ».

Une carte blanche publiée dans Le Soir hier (24/11) apporte un éclairage supplémentaire: https://www.lesoir.be/712781/article/2025-11-24/ajouter-2-heures-de-cours-par-semaine-aux-profs-du-secondaire-superieur-une

 

4. Faire école, sans maltraitance

Vous trouverez ici une carte blanche publiée le 14 octobre dernier dans Le Soir: https://www.lesoir.be/704724/article/2025-10-14/faire-ecole-sans-maltraitance 

(On nous répète que l’école est une priorité nationale. Mais de quelles priorités parle-t-on, quand les moyens manquent à ce point pour simplement tenir debout ?)

 

 

Merci à toutes et à tous

Xavier Vanwelde


Xavier Vanwelde

Lettre ouverte de 4.000 enseignants à la ministre : « Sauver l’école : pas en épuisant les enseignants »

2025-11-23 09:21:20

Bonjour à toutes et à tous,

La Lettre ouverte a franchi hier le cap des 4.000 signataires. MERCI pour votre mobilisation et pour l’attention portée au texte !

Hier (samedi 22/11), Le Soir en a publié une version condensée sur son site internet :

https://www.lesoir.be/712558/article/2025-11-22/lettre-ouverte-de-4000-enseignants-la-ministre-sauver-lecole-pas-en-epuisant-les

Le_Soir.jpg

Cette publication offre une visibilité supplémentaire au message porté collectivement.

J’y ai intégré un point supplémentaire concernant l’argument des « 26 périodes en maternelle, 24 en primaire et 22 en secondaire inférieur ». Ce raisonnement ne tient pas. Curieusement, on ne songe pas à « harmoniser » avec les fonctions de Haute École ou d’université, où des qualifications similaires sont mieux rémunérées et moins chargées en face-classe. C’est surtout une comparaison orientée qui oppose de manière gratuite les degrés entre eux. S’il fallait vraiment comparer, ce serait avec le privé : à diplôme universitaire identique, rémunération et avantages extra-légaux y sont très nettement supérieurs. C’est là que se situe l’écart réel.

Au cours de cette semaine, la version complète de la Lettre ouverte sera transmise :
• aux ministres Glatigny et Degryse,
• à l’ensemble des députés de la Fédération Wallonie-Bruxelles,
• ainsi qu’aux présidents de partis.

Merci encore pour votre soutien.
Merci aussi pour les nombreux messages reçus via la plateforme.
J’essaierai d’y répondre individuellement dans les prochains jours.

Je reviens vers vous dès que j'ai des nouvelles,

A bientôt, bonne journée !

Xavier Vanwelde


Xavier Vanwelde



Partager cette pétition

Aidez cette pétition à récolter plus de signatures.

Comment promouvoir une pétition ?

  • Partagez la pétition sur votre mur Facebook et dans les groupes liés au sujet de votre pétition.
  • Contactez vos amis
    1. Écrivez un message dans lequel vous expliquez pourquoi vous avez signé cette pétition, car les gens seront plus susceptibles de la signer s'ils comprennent l'importance du sujet.
    2. Copiez et collez l'adresse web de la pétition dans votre message.
    3. Envoyez le message par e-mail, SMS, Facebook, WhatsApp, Twitter, Skype, Instagram ou LinkedIn.



Publicité payante

Petitionenligne.fr fera la promotion de cette pétition auprès de 3000 personnes.

Apprendre encore plus...