Nous, commerçants et commerçantes, sommes pleinement solidaires du mouvement populaire en cours, en France
Commerçants et commerçantes, nous savons ce que représente un commerce indépendant en termes d’investissement personnel et d’énergie. Pour la plupart d’entre nous, c’est aussi notre seul moyen de subsistance. Les dégradations de ces dernières semaines ont plongé certains d’entre nous dans des situations personnelles extrêmement difficiles. Nous sommes pleinement solidaires de nos confrères et consoeurs qui ont subi des saccages et pillages lors des dernières journées.
Nous sommes, comme beaucoup, très inquiets pour notre situation à court terme. Le contexte économique actuel était déjà très difficile depuis plusieurs années (concurrence du e-commerce, baisse du pouvoir d’achat, COVID, augmentation du coût des matières premières…). Beaucoup d’entre nous sont dans un équilibre financier très précaire et le mouvement populaire que nous traversons a un impact considérable sur nos chiffres d’affaires, alors même que nous entrons dans une période, à l’approche des fêtes de fin d’année, cruciale pour nos activités. Sans réponse politique forte aux revendications des lycéens et bientôt des travailleurs, le mouvement est parti pour durer et nous savons d’ores et déjà que certains d’entre nous ne s’en remettront pas.
Pour autant, nous ne demandons ni souhaitons aucune restriction des libertés fondamentales sous prétexte de notre sécurité. Pour nous, les dégradations commises aux commerces ne justifient en rien de nouvelles restrictions de liberté : l’État doit garantir notre sécurité ET permettre le déroulement de manifestations dans de bonnes conditions pour tous et sans restrictions arbitraires. Nous sommes attachés à nos commerces mais nous le sommes plus encore à notre démocratie.
Nous nous reconnaissons majoritairement dans les attentes formulées lors des manifestations. La vie chère nous impacte doublement : d’une part dans nos vies personnelles, mais aussi parce que nos clients font le choix de restreindre leurs achats dans nos commerces. Comme beaucoup de Français, nous dénonçons l’injustice fiscale. Nous avons le désir de travailler dignement en participant à notre juste part à l’effort collectif. Mais, alors même que nous apportons de la vie en centre ville, que nous créons des emplois localisés en France, que nous travaillons beaucoup avec des produits locaux et éthiques, nous sommes traités injustement par rapport aux grandes entreprises :
- à bénéfice égal, les petites et moyennes entreprises acquittent 50 % d’impôt de plus que les grandes sociétés selon l’INSEE (source : Le Monde, 2 septembre 2025),
- les grandes entreprises captent des sommes énormes de l’État par les aides aux entreprises, qui représentent annuellement 211 milliards d’euro (par comparaison, le budget de l’éducation nationale est de 64 milliards d’euro). Ces aides sont distribuées sans contre-parties et les petites entreprises en sont largement exclues.
Dans un contexte où nos situations financières sont fragilisées, nous aurions besoin de services publics d’autant plus forts. Or leur dégradation continue depuis des années contribue à la précarisation d’une partie d’entre nous. On ne peut que comprendre les lycéens qui réclament des conditions d’apprentissage dignes et la présence de professeurs. Nous souhaitons des services publics forts pour nous et nos salariés, un système scolaire qui permette à nos enfants d’apprendre sereinement. Et nous savons que cet horizon est largement accessible.
Nous sommes donc pleinement solidaires du mouvement populaire en cours en France. A court terme nous demandons que les revendications légitimes des lycéens et travailleurs reçoivent une réponse politique à la hauteur. Sans cela, nous allons au devant d’une crise durable qui ne bénéficiera à personne, et sûrement pas à nous. Pour autant, nos aspirations vont bien au-delà de mesures d’urgence et nécessitent une transformation profonde pour construire une société juste et apaisée.